De la nutrition des pauvres malades : L'histoire du Montreal Diet Dispensary de 1910 à 1940

  • Yolande Cohen

Abstract

Pour les réformateurs du mouvement de santé publique à la fin du XIXe siècle, l’éducation des populations, surtout pauvres et immigrantes, à de saines habitudes de vie, à mieux se nourrir, se vêtir et se loger, devait contribuer à transformer ces terres de colonisation en un pays prospère, avec une population plus nombreuse et mieux intégrée dans une nouvelle identité nationale canadienne. À Montréal, le Montreal Diet Dispensary (MDD) fondé par de nombreuses femmes anglo-protestantes bénévoles dans la perspective d’aider les personnes pauvres malades, se révèle être un véritable laboratoire d’action et d’intervention sociales, animées par un idéal maternaliste. On y voit concrètement comment s’élaborent les trois étapes de cette action qui conduisent ces femmes d’abord à mettre en place des structures charitables où les pauvres malades seront identifiés et regroupés, puis diagnostiqués par de nouvelles professionnelles (travailleuses sociales, diététiciennes et infirmières) et enfin responsabilisés comme individus ayant la charge de leur santé par la promotion de l’hygiène publique. L’étude du MDD nous permet de montrer le rôle déterminant de ces femmes tour à tour philanthropes, bénévoles, professionnelles et bénéficiaires de ces services dans la structuration de ce champ d’action, d’intervention et de services, que l’on nomme aujourd’hui économie sociale mixte et qui a été un levier puissant pour susciter l’intervention de l’État et des pouvoirs publics dans ce domaine. For reformers involved in the public health movement at the end of the nineteenth century, education of the public, particularly the poor and immigrant populations, in day-to-day cleanliness and better nutrition, clothing, and housing would contribute to transforming the country from colony to prosperous nation, with a larger population better integrated into a new Canadian national identity. In Montreal, the Montreal Diet Dispensary, founded by a number of anglo-protestant women volunteers in the interest of helping those who were ill and living in poverty, became a practical laboratory for social action and intervention, inspired by a maternalist ideal. This effort developed in three stages, as the women put in place charitable structures through which those who were ill and in poverty were to be identified and selected, then diagnosed by new female professionals (social workers, dieticians, and nurses), and finally made responsible as individuals in charge of their own health through the promotion of public health. A study of the MDD reveals the definitive role of these women — philanthropists, volunteers, professionals, and those who received services — in constructing a field of activity, intervention, and service that today would be considered a mixed social economy and that was a powerful lever in evoking state and public intervention in this field.
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